Si tout le monde connaît évidemment François-René de Chateaubriand (1768-1848), comme grand écrivain, homme politique, etc… la Bretagne Romantique recèle également d’autres personnalités à connaître. La Société Historique et Patrimoniale de la Bretagne Romantique, présidée par Vincent Piot, nous fait découvrir la vie de Victor Thomas (1868-1916).

Episode 3

Nous poursuivons, avec ce 3e épisode, la biographie de Victor Thomas.

Journaliste d’Art et directeur de revues

Victor Thomas utilise les connaissances qu’il a acquises et les contacts qu’il a noués en Hollande pour fonder en septembre 1902 la « Maison d’édition de l’Épreuve ».
Il propose à la vente des gravures appelées « eau-forte » d’œuvres de Rembrandt et d’autres maîtres, par un procédé de reproduction qui fait de « toute la collection une petite merveille à des prix très modestes ». Il met également en vente sa traduction du livre en néerlandais de Pol de Mont : « Van Dick, sa vie et ses œuvres ».
Le 15 novembre suivant parait le premier numéro d’une nouvelle revue d’Art mensuelle : « L’Épreuve », qui est la continuation de la « Revue de l’Art antique et moderne » fondée en 1898 à Harlem en Hollande par MM. Kleinmann et Cie. Victor Thomas est directeur de la maison d’édition et le rédacteur en chef de la revue.
Cette dernière est d’ailleurs une vraie réussite dès son premier numéro. Jean d’Yvelet, journaliste au « Journal », rapporte que « c’est le grand succès artistique de l’année, succès parfaitement justifié par la beauté des gravures et par le but même que se propose L’Épreuve : populariser les chefs-d’œuvre de tous les temps et de tous les pays, en donnant de très belles reproductions à des prix très modestes. Le premier fascicule reproduit hors texte huit chefs-d’œuvre de Rembrandt […] le tout commenté dans une belle étude sur Rembrandt par Victor Thomas. […] on ne pourra s’étonner de l’immense succès qu’obtient L’Épreuve, qui se place ainsi d’emblée au premier rang des revues d’art européennes ».
Victor Thomas écrira dans « l’Épreuve » de nombreux articles dont : « Les Primitifs français : le projet de M. Henri Bouchot », « Étude sur Jan Steen », « Notice sur les Visitations de Rubens », « L’œuvre japonaise de Georges Bigot », « Albert Belleroche », « L’œuvre de Paul Prince Troubetzkoy – L’Homme et l’artiste »…
Dans un article du journal «La France» dans son édition du 18 octobre 1903, il est signalé que notre poète travaille sur un «testament» dans le style du testament de Villon. Ce petit volume ne fut jamais publié.
L’Épreuve décide en 1904 de présenter et reproduire les principales œuvres exposées dans les musées parisiens et Victor Thomas obtient l’autorisation de la ville de Paris, en date du 19 juillet 1904, de prendre des reproductions photographiques dans tous les musées parisiens. Le musée Galliera est le premier a être présenté dans le numéro 18.
En décembre 1904, il devient secrétaire du comité formé pour élever un monument à Tolstoï, sous le patronage de M. Berthelot et d’Anatole France et sous la Présidence de Paul Adam. Victor Thomas apparaît en 1905 comme membre de la Société des Amis du Louvre.
Cependant, « L’Épreuve » cesse de paraître à la fin de l’année 1904. Et c’est avec Armand Dayot comme directeur et Victor Thomas comme rédacteur en chef que paraît « L’Art et les Artistes » en avril 1905. Il rédige alors la rubrique «Le mois artistique». Mais, en désaccord avec Dayot, il quitte la revue avant le second numéro.

Nouvelle Revue et controverse sur les Cuivres de Rembrandt

Le 1er février 1906, Victor Thomas relance «L’Artiste», revue bi-mensuelle d’art ancien et moderne, qui avait disparu en décembre 1904.
Mais c’est la découverte et l’achat par Victor Thomas de Cuivres originaux réalisés par Rembrandt lui même qui fait la une des journaux qui parlent de « Trésor de l’Art ». Rapidement, un débat est lancé sur l’intérêt de ces cuivres dont « L’Artiste » met en vente la reproduction de 50 eaux fortes issues de ces cuivres au prix de 200 francs, et même 1 000 francs dans une édition luxueuse. Leur qualité historique est évidente, mais la qualité artistique laisserait à désirer, en raison soit de la mutilation de certains cuivres, soit de leur usure importante. Cette controverse met un terme prématuré à l’existence de la revue. Rachetés par Victor Alvin-Beaumont, les cuivres sont exposés à Paris en mai, et leur qualité artistique réévaluée positivement.
Victor Thomas travaille durant l’été 1906 sur une nouvelle revue destinée à un cabaret de Montmartre et qui porterait le nom de « Madame sans Hyène ». Le projet n’aboutit pas.

Départ pour l’Angleterre

Lassé de la vie parisienne et de ses vicissitudes, Victor Thomas quitte la France en 1907 pour s’installer définitivement en Angleterre où nous le retrouverons lors du prochain et dernier numéro.

Episode 2

Nous avons quitté, lors du dernier numéro, notre poète Combourgeois en route pour Paris.

Poète à Montmartre : entre tendresse et ironie

Arrivé, il prend le pseudonyme de Thomas Chesnais, continuant ses poèmes sur la Bretagne, mais ajoutant une nouvelle corde à son arc, celle de l’ironie sur des sujets d’actualités et politiques. Il se produit dans les cabarets littéraires de Montmartre tel « le Chat noir » de Rodolphe Salis où sa première apparition, le 10 mars 1896, est un vrai succès. Le journal « Le Gaulois » fait état de cette première :

« Hier soir, au théâtre du Chat-Noir, révélation d’un nouveau poète dont le nom (il s’appelle Chesnay) a été chaudement salué par le public montmartrois. Voici quelques vers de ce barde ironique :

O mère qu’adorent les maires,

Toi dont Faure est le nourrisson,

Toi qui fis verser à Brisson

Tant et tant de larmes amères !

O république de mon coeur !

Qu’on ose appeler Marianne,

Toi qui, mieux encor que Diane

Sais brandir le carquois vainqueur !

Puisque c’est toi qui nous consoles

De notre destin si cruel

Fais donc nommer M. Porel

Chef de gare aux Batignolles

Donne un théâtre à monsieur Becque,

Donnes en quatre à Caliban !

Aux députés, pour du ruban,

Donne de l’or, jamais de chèque !

Mais surtout, surtout prends bien soin

De donner, prévoyante mère,

Au duc d’Audiffret, la grammaire

Dont il a si souvent besoin.

La république blaguée à Montmartre… Allons, il y a encore de beaux jours pour la France ! »

Il joue également au « Carillon » de Georges Tiercy et à « l’Âne rouge » de Gabriel Salis. C’est en ce dernier lieu qu’il se fait arrêter le 2 avril 1896 par un sergent pour la banqueroute de sa briqueterie de Landernau. Il est emmené à la prison de Brest où il reste au secret pendant l’instruction de son affaire qui dure 5 mois jusqu’à ce que le tribunal décide de délivrer une ordonnance de non-lieu. À son retour à Paris, il est interviewé en première page du journal de Clémenceau « La Justice » dans son édition du 23 septembre 1896 où il raconte son histoire.

« Un grand garçon au visage habillé d’une barbe brune très fournie. L’œil est sympathique et il émane une grande douceur, pleine d’Intellectualité. Les cheveux longs sont d’un bon bohème. Une âme enfantine dans un corps de vingt-sept ans. Ce qu’il nous a raconté est tel que, n’était le ton d’absolue sincérité de son récit, on serait en droit de se demander si vraiment de pareils faits ont pu se produire dans un pays comme le nôtre, qui s’enorgueillit si bruyamment de sa haute civilisation. C’est d’ailleurs Thomas Chesnais lui-même qui va nous narrer sa lamentable odyssée. 

– Vous fûtes arrêté ?

– TC : Oui, arrêté à l’Âne Rouge même, où je disais mes vers tous les soirs. Étant failli, j’étais passible d’emprisonnement pour avoir négligé de tenir des livres réguliers. Ma faillite, de ce chef, se voyait qualifiée de banqueroute. Mais pouvais-je soupçonner qu’un malheureux poète, ruiné par ses spéculations d’industriel, plus rêveur que pratique, devait se révéler comptable pour établir mon honnêteté ? J’étais bien tranquille à Paris, ne m’y cachant nullement, et j’y vivais. Tout d’un coup me voici jeté en prison, à Brest, soumis à l’instruction secrète. Comme régime, deux soupes maigres, un œuf, deux cent cinquante grammes de pain ! Au bout de six semaines seulement, on m’accorde un peu de viande, cent trente gramme par jour ! Et je tombe malade. Je porte au cou deux grosseurs qui attestent les douceurs de la détention qu’on m’a fait subir. J’ai contracté une adénite cervicale qui me défigure et m’empêche tout travail, sans parler d’une ankylose des genoux qui me fait beaucoup souffrir. Et cela a duré quatre mois ! On n’a consenti à m’admettre à l’infirmerie que lorsqu’il n’a plus été possible de m’employer, de m’exploiter.

– Vous exploiter ? Et comment cela ?

– TC : Oui, à la prison de Brest, on n’a cessé de m’employer. Il s’agissait de corriger et de copier en double toutes les fiches du service anthropométrique. Tout d’abord, ça a été l’initiation. J’ai dû me mettre au courant des méthodes de M. Bertillon. J’ai fait un véritable cours d’anthropométrie. Puis, quand je fus jugé suffisamment instruit, on me confia le travail des fiches, aussi fastidieux que fatiguant, et cela même lorsque m’anéantissait la maladie. Il y a pourtant une loi qui interdit de contraindre les prévenus à un travail quelconque… Enfin, après cinq mois de souffrances, une ordonnance de non-lieu intervenait. J’étais libre ! Entré à la prison de Brest en bonne santé, j’en sortais moribond, avec des maladies qui m’interdisent pour longtemps encore tout labeur. Mes amis ne me reconnaissent point. Je retrouvais chez moi les traces de la plus profonde détresse. Ma femme, pour vivre, avait dû prendre du service en qualité de bonne à tout faire chez une concierge. Je me suis dit alors que l’on devait faire quelque chose pour moi, qu’il n’était pas possible qu’après avoir fait souffrir pareillement un homme, on ne l’indemnisât pas de quelque façon. J’ai travaillé pendant quatre mois indûment à la prison de Brest. On ne m’a rien donné pour ce travail. J’entends être payé !

– Avez-vous déjà fait quelques démarches ?

– TC : J’ai pu voir le secrétaire particulier du ministre de la justice. Il m’a laissé espérer une indemnité. Mais je ne peux m’en tenir à de vagues promesses. Il faut du pain à la maison. Qu’on me paye, et je verrai à me tirer d’affaire ensuite ! J’ai ma femme et mon enfant à nourrir.

Il entre fin 1896 au cabaret du « Chien noir » de Jules Jouy, où il obtient un grand succès avec ses Poèmes ironiques. Dans l’Avenir artistique du 1er janvier 1897, André Serpil écrit que Thomas Chesnais est un « vrai et puissant humoriste » et qu’il va prochainement faire paraître ses poèmes ironiques. Ce nouveau recueil se nomme finalement « Tendresse et Ironie ». Le journal « La Justice » en donne plusieurs extraits.

Début décembre 1896, il est nommé rédacteur en chef de l’Amaranthe, revue destinées aux jeunes filles, mais cela ne dura guère longtemps.

Créateur d’une revue et escroc par nécessité

En février 1897, vraisemblablement après avoir obtenu l’indemnité qu’il réclamait, il fonde, sous le pseudonyme de Victor Thomas-Chesnais, une revue « Paris Bretagne » à destination des Bretons de Paris. Le premier numéro paraît le 14 février, les auteurs qui y participent sont Charles Le Goffic, Louis Tiercelin,  Théodore Botrel, Thomas Maisonneuve etc… 

Malheureusement, la revue ne dure pas et quelques semaines plus tard, elle disparaît. À court d’argent, les cabarets payants fort mal leurs artistes, et sa revue n’ayant pas eu le succès escompté, il se livre à l’escroquerie à l’annonce. Suite à un vol, dont il n’avait rien à voir, notre poète est arrêté le 19 juin 1897. Rapidement, il est disculpé du vol, mais en perquisitionnant sa chambre, la police découvre plus de cinq cents lettres ayant contenu des mandats, bons de poste et des timbres. En effet, il faisait paraître dans les journaux des annonces offrant des emplois très lucratifs de 5 à 20 francs par jour suivi de la mention « Timbre pour réponse ». Les demandes affluaient, mais il partait alors pour une autre destination sans avoir embauché qui que ce soit. Il est condamné par jugement du tribunal correctionnel d’Amiens en date du 20 juillet 1897 à 4 mois de prison pour escroqueries et tentative d’escroqueries.

Sorti de prison en janvier 1898, il tente de se reprendre et participe à l’équipe éditoriale de la revue « Le Grand Guignol ». Mais la revue ne faisant pas long feu, il se retrouve à nouveau dans la difficulté et renoue avec ses arnaques. Du reste, cela ne dure guère longtemps, et après enquête, en août 1898, la police remonte jusqu’à son domicile au 17 boulevard de Vaugirard à Paris où il est de nouveau arrêté. Pour éviter une nouvelle incarcération, il disparaît et fuit à l’étranger. Et c’est par défaut qu’il est condamné par le Tribunal correctionnel d’Orléans en date du 16 juin 1899 à 3 ans d’emprisonnement pour escroqueries.

Exil : le poète est de retour, mais pas seulement

Il part alors en Belgique, passe par l’Angleterre, puis arrive en Hollande vers début 1899. C’est de là qu’il fera éditer en France un nouveau recueil de poésie « Florilège : Le village, Montmartre et l’exil » en mai 1899. Voici comment est présenté le livre dans l’édition du 7 juillet 1899 du « Libéral de Vendée » :

« Le but est loin d’être atteint et le chemin parcouru a lassé le voyageur avide d’horizons nouveaux. Quelques heures de sieste à l’ombre d’un bouquet d’arbres d’où s’égoutte une fraîcheur bienfaisante et le marcheur harassé jette un long regard en arrière.

Dans les lointains embrumés les étapes se devinent. C’est d’abord Le Village, puis Montmartre, et l’Exil, enfin, dans ce coin perdu où règne une solitude attristante et désolée.

Le Village éveille la joie attendrie des souvenances adolescentes. Toute la série des amours défunts défile avec la diversité des figures et l’ingénuité des affections. Le bourg maussade, le bois profond, la grève et la lande, dont le souvenir le hante sans trêve le ramènent en ce pays d’Armor où les vierges sont blondes avec des yeux agrandis par la rêverie.

Et le poète-voyageur parle a la brise de Celle qu’il aimait sans pouvoir dire pourquoi il l’aime ni quelle est la préférée de Floriette, Odette, Janik ou La Châtelaine. Jadis, entre les aveux et les caresses, s’essorait, adorablement douce, la chanson des choses qui l’entouraient, à l’époque bénie où il promenait son rêve d’idéal et d’amour dans la campagne bretonne.

La nostalgie du grand Paris a envahi l’âme du poète et la séparation de la vieille mère et de la sœur s’est faite sans trop de regret. Le vent de la côte, la petite bruyère rose, les grands bois chuchoteurs, la lande dénudée, l’amour de la Très Chère n’ont pu retenir au village « l’enfant  terrible » qui a soif de renommée et peut-être plus soif encore des plaisirs malsains que garde la capitale. Et voici que par les rues où grouille une foule indifférente, le petit Breton marche déjà désabusé, déjà meurtri par les défaillances amicales et les misères de toutes sortes. L’indécrochable étoile qu’est la gloire luit toujours du même éclat attirant mais les efforts accomplis pour l’atteindre restent toujours vains et décevants et, de guerre lasse, désireux malgré tout de popularité même éphémère, le poète monte sur les tréteaux de Tabarin et tisse, maintenant, d’ironies et d’amertumes les strophes faites autrefois d’azur et d’idéal. À la porte de la boutique littéraire il fait le Boniment, écrit pour Sarcey l’Ode à notre oncle, suit les Trottins de la Butte, nous conte les mésaventures arrivées à son Ours chez Marck et Desbeaux, chante une Ballade en l’honneur de notre hôte et politiquaille avec excellentes rimes… et raisons non moins excellentes, puis, écœuré des pitreries auxquelles l’oblige la lutte pour l’existence, il exhale, en attendant l’Exil, quelques plaintes si douloureusement poignantes qu’elles le font prendre en pitié.

Je songe au village natal

Perdu dans la lande bretonne,

Au village, où chacun s’étonne

De m’avoir vu « tourner si mal »

Fraîche et rose une enfant babille,

Parmi les oiseaux et les fleurs,

Ne sachant rien de nos douleurs

Et cette enfant-là, c’est ma fille !

Comme une feuille au gré du vent,

J’ai dû fuir la lande et la grève,

Mais je veux revoir, mieux qu’en rêve,

Ma sœur, ma mère et mon enfant.

L’adieu à Paris pervers vient d’être prononcé sans faiblesse et c’est dans les brumes de la Hollande que sonneront bientôt les heures d’Exil.

Les carillons de Bruges chantent des mineurs si lugubres dans les grisailles attristantes qu’il font fuir le poète vers d’autres cieux plus riants. Mais le spleen farouche ne lâche pas sa proie et le Breton, sentimental et tendre, ironique et gouailleur, ne cueillera plus maintenant que des fleurs décolorées, tristes à l’œil et acres au respir.

Pourquoi suis-je venu m’exiler en Hollande,

Où l’immense prairie a des langueurs de lande

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

J’ai tenté d’éloigner ce souvenir amer.

Mais en quittant le bois je rencontre la mer

Et je me sens plus triste encor sur cette grève

Pourquoi suis-je venu dans ce pays de rêve ?

Et, le livre fermé, je ne me suis pas senti le courage de faire ma besogne de critique. Au courant de la lecture j’ai simplement noté ces impressions que le manque de place ne me permet pas de développer. Je me bornerai donc à constater que le Florilège est un livre de valeur, rempli de vers superbes, et de sentiments sincèrement et puissamment exprimés et que Victor Thomas est un véritable poète auquel je souhaite un prompt retour à la terre bretonne qu’il aime tant et qu’il a si bien chantée. Il y trouvera, parmi les êtres qui lui sont chers, la quiétude et le calme dont il a si grand besoin ».

Le succès semble cette fois au rendez-vous comme le démontre un article publié dans la république du Morbihan du 29 octobre 1899 : « Un beau et bon livre – un livre humain aussi – qui doit avoir en Bretagne le succès qu’il a trouvé en Hollande et à Paris, où une deuxième édition va paraître prochainement. »

Le 9 décembre 1899, le journal « L’Aurore » annonce que le poète Victor Thomas, vient de faire recevoir au théâtre de La Haye un drame en vers, Maître Pierre, dont le héros est Pierre le Grand. Fin mai 1900, il participe à la création de l’Association Internationale de l’Idée Française toujours à La Haye, sous le patronage de Sully Prudhomme. Son séjour en Hollande, lui permet d’apprendre la langue néerlandaise et de découvrir la peinture flamande, sujet qui l’intéresse particulièrement et qui lui sera bien utile par la suite.

Retour en France : vers une nouvelle vie

Finalement, en août 1900, il revient en France et pour en finir avec son passé trouble, il fait opposition au jugement qui avait été prononcée par défaut en 1899 à Orléans. Le Tribunal correctionnel en son jugement du 16 novembre 1900 réduit sa peine à 8 mois de prison. Sa peine effectuée, il peut reprendre une vie honorable.

Dans le prochain épisode nous retrouverons notre poète qui pourra commencer une nouvelle vie comme rédacteur en chef d’une grande revue d’art.

Episode 1

Fils de l’industriel et ancien maire de Combourg, Victor Thomas

Né à Combourg, il est le fils de l’industriel Victor Thomas, qui possédait la Briqueterie Thomas, située sur la route de la gare, face à la scierie Rahuel. Victor Thomas père fut aussi maire de Combourg à plusieurs reprises (1876-1877 / 1878 / 1880-1885).
Durant sa jeunesse, Victor Thomas fils a commencé à écrire des poèmes et des nouvelles, mais c’est à l’âge de 16 ans, en 1884, qu’il publie son premier poème «L’Enfance» à Toulouse avec succès. Il remporte ensuite plusieurs récompenses dans différents concours, dont son Ôde «Le Songe du Dante», premier prix avec palme d’argent au grand concours annuel de la Revue de la littérature moderne. Cependant, l’insouciance de sa jeunesse se brise avec le décès de son père en 1885. Il se voit alors contraint de reprendre la briqueterie familiale à 17 ans.

Un homme cultivé, passionné par la poésie et le théâtre…

Sa muse ne l’abandonne pas et, à côté de ses obligations d’industriel de la Brique, il continue d’écrire des poèmes, mais également une pièce de théâtre, «Le Trouvère», dont la première a lieu le 7 juillet 1889 dans les halles de Combourg.
Louis Tiercelin en fait une critique fort positive dans «le Glaneur breton». Victor Thomas rejoint alors le «Parnasse Breton» (regroupement des poètes bretons) et ses poèmes sont publiés régulièrement dans les revues «l’Hermine» et «Pour fuir».

… reconnu par ses pairs

Il publie ensuite un recueil «Par la lande» dont Louis Tiercelin en signe la préface. Dans l’année des poètes de 1891, Olivier de Gourcuff écrit : « Je connais des livres plus savants ; je n’en connais pas de plus charmants que celui de M. Victor Thomas… M. Thomas a pour parrain le grand ancêtre à tous nos écrivains, Chateaubriand : il habite Combourg, et promène souvent sa rêverie dans les bois qui ont bercé l’enfance de René… La ballade, le rondel, la sextine, la villanelle, se sont courbées, dociles, sous sa main déjà experte. Il a forgé de beaux sonnets, et s’est essayé aux rythmes les plus divers. »
Dans «la fin de siècle» du 31 octobre 1891, René Emery écrit : « Un poète breton, M. Victor Thomas, chante avec la mélancolique sincérité de Brizeux la terre de Granit, semée de fleurs d’or. Ce n’est pas un parnassien, pas plus qu’un symboliste, mais un doux poète qui aime la lande, en comprend les sauvages mystères. Ses vers sont simples, d’une artistique simplicité : ils évoquent, avec leur tendre mélodie, toute la poésie de la vieille Armorique, demeurée sauvage, qui cache à l’étranger, jalousement, ses légendes naïves, son âme farouche. Par la Lande, un des rares recueils qui nous viennent de province, avec un cachet si pittoresque, si sincère. »
L’abbé Dolois François Duine, dans son livre « Souvenirs et observations », dira de ce recueil : « Rester auprès de Chateaubriand a porté bonheur à M. Victor Thomas. Son délicieux volume de vers prouve la vérité de cette fine comparaison de saint François de Salle « le chant des rossignols apprentifs est plus harmonieux incomparablement que celui des chardonnerets les mieux appris ». Et bientôt, nous en sommes persuadé, M. Victor Thomas deviendra sans peine un maître rossignol dans son art ».
En réponse aux propos de l’abbé Duine, Victor Thomas lui envoie ce poème :

« Ce livre, hélas ! je dois le dire,
Est si frivole, en vérité !
Qu’il n’a certes pas mérité
Que quelqu’un s’arrête à le lire
J’aurai bien dû briser ma lyre,
Et ce désir-là m’a hanté ;
Mais, sitôt que je l’ai tenté,
J’ai vu la Muse me sourire.
Puis un bon jour mes pauvres vers
Dont plus d’un marche de travers
Se sont éloignés au plus vite…
Je ne me repens qu’à moitié :
Mon petit livre a son mérite,
Puisqu’il me vaut votre amitié. »

Victor Thomas

Le 25 août 1890, il épouse à Sévignac, Florence Louise LUCAS, fille du receveur buraliste de la dite commune. De leur union naît une fille unique, Florence Marie, le 18 juin 1891 à Combourg.

Vente forcée de la briqueterie

Ses activités à la Briqueterie fonctionnant bien, un banquier de Saint Malo, Samuel SIRE, propose de l’aider financièrement à accroître ses capacités de production. Ce que Victor Thomas fait en construisant deux nouveau fours à brique et en installant une machine à vapeur en 1890, puis un autre four, un séchoir et des bureaux en 1893 et enfin un autre séchoir avec sous-sol en 1894. Sauf que le banquier était retors, et en 1895, il exige le remboursement immédiat de l’argent prêté. Comme c’était impossible, il obtient en compensation, pour éviter la faillite, que Victor Thomas lui vende la briqueterie, le délestant au passage d’une grande partie de son héritage. Victor Thomas quitte alors Combourg et tente d’ouvrir une nouvelle briqueterie à Landerneau. Mais au bout de deux mois, c’est la faillite, et le peu d’argent qui lui restait disparaît dans l’affaire…
Victor Thomas décide alors de quitter la Bretagne avec sa femme et sa fille pour gagner la capitale.

Découvrez quelques poèmes de Victor Thomas

Le Vieux Manoir

Le vieux manoir de mon village

Se dresse, plein de majesté,

Et ses créneaux, avec fierté,

Dominant tout le paysage

Il a vu plus d’un page

Et plus d’un barde l’a chanté :

Le vieux manoir de mon village

Se dresse, plein de majesté.

Saint Malo, sans doute, à sa plage,

Et Dinan son site enchanté ;

Cancale m’a souvent tenté,

Et pourtant j’aime davantage

Le vieux manoir de mon village.

La Châtelaine

C’est un soir enchanteur, c’est un beau soir d’automne ;

La Châtelaine rêve au pied du vieux manoir,

Tandis que tout s’endort sur la lande Bretonne.

Elle a mis une fleur à son corsage noir,

Une fleur du village, une humble pâquerette,

Et près du lac tranquille elle a voulu s’asseoir.

C’est l’heure où le dernier refrain de l’alouette

Mélancoliquement s’élève vers les cieux,

Sans trouver une écho sur la terre muette ;

La Châtelaine est triste ; on dirait que ses yeux,

Ses beaux grands yeux rêveurs aussi purs que son âme,

Se voilent par moment de pleurs silencieux.

Le ciel s’empourpre ainsi qu’une immense oriflamme,

Et, sans même admirer ce magique décor,

Regardant vaguement l’horizon qui s’enflamme,

Elle écoute au loin le son du cor.

Floriette

Quand Floriette allait cueillir des fleurs, le soir,

Elle semblait plus belle encore sous sa mantille,

Et les vieux paysans la trouvaient si gentille

Qu’ils laissaient leur travail et sortaient la voir.

Elle passait toujours auprès du grand lavoir

Où le Linon, pareil aux laveuses, babille,

Et plus d’un cœur épris s’y rendait pour avoir

Le bonheur d’écouter la chaste jeune fille.

Parfois, elle chantait un refrain du vieux temps ;

Parfois aussi, surtout quand venait le printemps,

Elle aimait à redire une ballade étrange :

Et, pendant que sa voix troublait ses amoureux,

Les oiseaux étonnés se demandaient entre eux

Si c’était une fée ou un ange…